« Le premier rendez-vous est gratuit. » Voilà, bien souvent, la seule information tarifaire dont vous disposez avant de rencontrer un conseiller en gestion de patrimoine (CGP). La suite est plus difficile à lire : selon le cabinet, vous paierez à l'heure, au forfait, en pourcentage de votre patrimoine, ou rien du tout en apparence - le conseiller se rémunérant alors sur les produits qu'il vous fait souscrire.
Ce guide passe en revue les quatre modèles de tarification pratiqués en France, ce que chacun incite votre conseiller à faire, et les deux réflexes qui vous protègent : vérifier son statut « indépendant » ou « non-indépendant » au sens de la directive MiFID II, et lire son document d'entrée en relation (DER). Contenu éducatif : nous décrivons des fourchettes constatées et des principes généraux, pas des recommandations personnalisées.
Les quatre modèles de tarification d'un CGP en 2026
| Modèle | Fourchette constatée | Ce que vous payez réellement |
|---|---|---|
| À l'heure (conseil ponctuel) | 150 à 400 € TTC de l'heure | Le temps passé, facturé directement |
| Au forfait (bilan patrimonial) | 500 à 2 000 € selon la complexité | Une mission définie, à prix connu d'avance |
| En pourcentage des encours | 0,5 % à 1,5 % par an | Un suivi continu, proportionnel à la taille de votre patrimoine |
| Conseil « gratuit » (rétrocommissions) | 0 € facturé en direct, mais jusqu'à 5 % de droits d'entrée et 1 à 2 % de frais de gestion annuels sur les produits | Des commissions logées dans les produits, année après année |
Les sources et les nuances derrière ces fourchettes :
- Le tarif horaire de 150 à 400 € TTC est la fourchette moyenne relevée par Prosper Conseil et confirmée par Profitys. Le premier rendez-vous est, lui, généralement offert.
- Le bilan patrimonial complet se facture le plus souvent entre 500 et 2 000 €, une fourchette que retient aussi Experts du Patrimoine. Pour une situation complexe (chef d'entreprise, patrimoine important, plusieurs foyers fiscaux), Neofa constate des bilans facturés jusqu'à 4 000 à 5 000 €.
- Pour le suivi facturé en pourcentage des encours, Experts du Patrimoine relève 0,5 % à 1,5 % par an. Les cabinets qui travaillent uniquement aux honoraires pratiquent plutôt un barème dégressif, de 1 % à 0,2 % par an selon le montant conseillé.
- Le conseil « gratuit » repose sur les rétrocommissions : sur une assurance vie ou une SCPI, jusqu'à 5 % de droits d'entrée et souvent 1 à 2 % de frais de gestion annuels, dont une partie revient au conseiller, et jusqu'à 7 à 10 % sur certains produits de défiscalisation.
Ce que chaque modèle incite votre conseiller à faire
Un mode de tarification n'est jamais neutre : il détermine qui paie votre conseiller, donc pour qui il travaille vraiment.
À l'heure : vous payez le temps, pas les produits
Le conseiller facture sa compétence comme un avocat ou un expert-comptable. Il n'a aucun intérêt financier à vous orienter vers tel contrat plutôt que tel autre, ce qui en fait un bon format pour une question ponctuelle : un arbitrage fiscal, une clause bénéficiaire, une donation. La limite est la prévisibilité : sur un dossier complexe, les heures s'additionnent et la facture finale est difficile à anticiper.
Au forfait : un livrable et un prix connus d'avance
Le forfait couvre une mission définie, le plus souvent un bilan patrimonial : état des lieux, objectifs, recommandations écrites. Vous savez avant de signer ce que vous obtenez et ce que cela coûte. Le point à vérifier est le périmètre : demandez ce que le forfait inclut précisément (nombre de rendez-vous, remise d'un rapport écrit, suivi de la mise en œuvre) pour comparer des offres réellement comparables.
Au pourcentage des encours : des intérêts partiellement alignés
Facturer 0,5 % à 1,5 % de votre patrimoine par an aligne en partie les intérêts : si votre portefeuille croît, la rémunération du conseiller croît aussi. Mais l'alignement est incomplet. Ce modèle incite à garder un maximum d'actifs sous conseil, donc à déconseiller tout ce qui en sort : rembourser un crédit, acheter votre résidence principale, ou simplement laisser des liquidités de côté. Et la facture augmente mécaniquement avec votre patrimoine, même si le travail fourni reste le même : 1 % de 200 000 €, c'est 2 000 € par an, tous les ans.
En rétrocommissions : le « gratuit » est le plus difficile à comparer
Dans ce modèle, le conseiller est payé par les producteurs des placements qu'il distribue : une part des droits d'entrée et une part des frais de gestion annuels lui sont reversées. Ce n'est pas un cas marginal, c'est le cœur économique de la profession. Selon les chiffres clés 2024 des conseillers en investissements financiers publiés par l'AMF, les rétrocessions représentent 88 % des revenus des CIF spécialisés en gestion de patrimoine (60 % sur les droits d'entrée et de sortie, 28 % sur les frais de gestion), contre 12 % seulement d'honoraires facturés aux clients.
L'incitation est structurelle, pas une question de personnes : recommander les produits qui rémunèrent le mieux le cabinet, privilégier les supports chargés en frais, et multiplier les souscriptions qui déclenchent des droits d'entrée. Vous ne recevez aucune facture, mais vous payez chaque année, à travers les frais de vos contrats.
Indépendant ou non-indépendant : la distinction MiFID II
Depuis 2018, la directive européenne MiFID II impose à chaque conseiller de vous dire, avant de vous conseiller, si son conseil est fourni « de manière indépendante » ou non. La différence est simple : un conseiller indépendant a interdiction de percevoir et de conserver des rétrocommissions, il est rémunéré uniquement par les honoraires que vous lui payez. Un conseiller non-indépendant peut toucher des commissions des producteurs de placements.
Dans les faits, l'indépendance au sens de MiFID II reste l'exception. D'après le rapport 2024 de l'AMF, 81 % des CIF exercent exclusivement en non-indépendant (5 143 structures), 12 % combinent les deux régimes, et 7 % seulement se déclarent exclusivement indépendants (458 structures). Autrement dit, moins d'un conseiller sur dix est réellement indépendant au sens de la réglementation, un ordre de grandeur que Prosper Conseil retrouve de son côté. Attention au vocabulaire : « CGPI » (conseiller en gestion de patrimoine indépendant) décrit une structure capitalistiquement indépendante des banques, pas nécessairement un conseil indépendant au sens de MiFID II.
Comment lire le DER, la carte d'identité tarifaire de votre conseiller
Le document d'entrée en relation (DER) doit vous être remis avant toute prestation de conseil. C'est le document le plus utile pour comprendre à qui vous avez affaire, à condition de savoir quoi y chercher :
- Les statuts et l'immatriculation. Le DER liste les statuts réglementaires du cabinet (CIF, courtier en assurance, IOBSP...) et son numéro ORIAS, que vous pouvez vérifier sur orias.fr.
- L'association professionnelle. Tout CIF doit adhérer à une association agréée par l'AMF (ANACOFI-CIF, CNCGP, CNCEF, Compagnie CIF).
- La mention « indépendant » ou « non-indépendant ». Elle est obligatoire et vous dit immédiatement si le conseiller peut percevoir des rétrocommissions.
- Le mode de rémunération. Honoraires, commissions ou mixte, avec les fourchettes ou barèmes pratiqués, et les rémunérations éventuellement perçues de tiers (assureurs, sociétés de gestion).
Trois questions à poser en complément, quelle que soit la qualité du DER : « Percevez-vous des rétrocommissions sur les produits que vous me recommandez ? », « Combien votre cabinet touche-t-il, en euros, si je souscris ce contrat ? », « Puis-je vous rémunérer uniquement en honoraires ? ». Un bon conseiller répond aux trois sans détour.
Ce qu'un forfait fixe change
Le forfait fixe (flat fee) décorrèle la rémunération du conseiller de deux choses : de la taille de votre patrimoine et des produits que vous souscrivez. Le prix est connu avant de signer, il ne grossit pas avec vos encours, et aucune commission ne vient orienter la recommandation. L'effet le plus concret est comparatif : là où 1 % d'encours sur 200 000 € coûte 2 000 € par an, tous les ans, et davantage à mesure que votre patrimoine croît, un forfait reste un forfait.
Soyons honnêtes sur la contrepartie : pour un petit portefeuille, un pourcentage d'encours peut coûter moins cher en euros qu'un forfait. Ce que le forfait achète, c'est la prévisibilité et l'absence de conflit d'intérêts sur le conseil lui-même. C'est le modèle que nous avons choisi chez Copio : un forfait annuel unique, sans rétrocommissions ni pourcentage des encours, détaillé sur notre page tarifs.
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