Faut-il investir en une fois ou progressivement sur un record ?
Dans les deux jeux de données, investir immédiatement gagnait environ deux fois sur trois, record ou non. Nous comparons la même somme placée en une fois à une fin de mois, ou en douze parts égales à cette date puis aux onze fins de mois suivantes. Le solde rapporte le taux au jour le jour en euros, ou celui des bons du Trésor américains. Les résultats sont comparés douze mois après le départ, hors frais et impôts.
Nous répétons le calcul pour chaque mois de départ de deux séries : MSCI World avec dividendes nets réinvestis en euros depuis décembre 2000, et S&P 500 avec dividendes selon Robert Shiller depuis décembre 1927. Un départ constitue un record si l’indice de cours atteint ou dépasse toutes ses fins de mois antérieures.
MSCI World en euros : 68,9 % de 299 départs, 65,1 % de 43 départs sur un record. S&P 500 en dollars : 67,8 % de 1 135 départs, 69,3 % de 251 départs sur un record.
Source : calcul copio sur les niveaux MSCI World, EONIA et taux à court terme en euros de la BCE, S&P Composite de Robert Shiller et rendements des bons du Trésor de Damodaran. Synthèse (CSV), fenêtres en euros (CSV), fenêtres américaines (CSV).
L’échantillon des records en euros est petit et récent. L’indice de cours a culminé en août 2000 sans clôturer un mois au-dessus avant février 2015 ; tous ces départs se situent donc entre 2015 et 2025. La série américaine ajoute les records précédant 1929, 1973, 1987, 2000 et 2007, avec un résultat comparable.
Le dernier cas complet est octobre 2025, également un mois record. Un an après, le capital placé immédiatement gagnait 15,9 %, contre 11,1 % pour l’étalement sur douze mois.
Combien coûte l’étalement en moyenne ?
En moyenne, étaler sur douze mois laissait après un an un retard égal à 3,1 % du capital initial. Le dénominateur est la somme disponible au départ, pas le capital final de l’investisseur immédiat. Rapporter chaque écart à ce capital final donne un retard relatif moyen de 1,6 % sur les 299 départs, selon notre calcul.
Une fois les deux portefeuilles entièrement investis, sans nouveaux flux externes ni coûts différents, le rapport de leurs capitaux reste constant lorsque l’indice évolue. C’est ce rapport relatif qui perdure : 3,1 % du capital initial ne deviennent pas 3,1 % du patrimoine futur.
Moyenne +3,1 %, médiane +4,5 %, 5e percentile -13,8 %, 95e percentile +16,0 % du capital initial ; pire résultat -25,9 % pour août 2008, meilleur +27,1 % pour mars 2009.
Source : calcul copio sur MSCI World Net Total Return EUR et taux au jour le jour de la BCE ; fenêtres en euros (CSV), données mensuelles (CSV).
Pour copio, le critère est le capital composé après coûts ; la moyenne favorise ici l’investissement immédiat. Les marchés ont monté la plupart des années, alors que l’étalement garde une partie du capital en dehors. Il peut aussi ajouter des frais absents de l’indice : douze achats au lieu d’un, sauf programme de versements gratuit chez le courtier.
La dispersion est large dans les deux sens. Le pire départ immédiat, août 2008, précédait la phase la plus sévère de la crise financière ; le meilleur, mars 2009, suivait d’un mois le creux mensuel de l’indice. Ces points n’étaient pas identifiables à l’avance.
L’étalement réduisait la perte la première année, mais subissait aussi de lourdes pertes lorsque la baisse durait au-delà du calendrier. Le graphique présente cinq départs choisis après coup au sommet ou près du sommet avant une chute : précisément la situation que l’étalement cherche à amortir.
Après trois ans : septembre 1929 -67,7 % en une fois contre -56,4 % progressivement ; août 2000 -30,3 % contre -19,3 % ; octobre 2007 -19,2 % contre -1,2 % ; janvier 2020 +27,1 % contre +34,3 % ; décembre 2021 +32,1 % contre +41,3 %.
Source : calcul copio ; simulations (CSV), données mensuelles américaines (CSV).
| Mois de départ | En une fois, après 12 mois | Progressivement, après 12 mois |
|---|
| Septembre 1929, S&P 500 (USD) | −30,7 % | −6,5 % |
| Août 2000, S&P 500 (USD) | −19,7 % | −7,0 % |
| Octobre 2007, MSCI World (EUR) | −33,7 % | −18,9 % |
| Janvier 2020, MSCI World (EUR) | +5,3 % | +11,3 % |
| Décembre 2021, MSCI World (EUR) | −12,8 % | −6,7 % |
Source : calcul copio ; simulations (CSV).
Avec le départ de 1929, le dernier versement avait lieu en août 1930 et le marché baissait encore presque deux ans. L’étalement changeait le prix d’entrée d’une partie du capital, pas son exposition finale. Sur tous les départs en euros, le pire résultat sur douze mois était de -39,4 % en une fois et -25,8 % progressivement : moins, mais toujours beaucoup.
C’est l’enjeu face au risque de krach. Une somme qu’il faudrait vendre après 40 % de baisse est trop exposée, qu’elle soit investie immédiatement ou sur un an. Notre étude des délais de récupération explique comment une vente forcée peut cristalliser une perte ; notre modèle de retraits pendant un krach montre le rôle d’une réserve séparée.
Étaler une somme est-il une diversification ?
Cela combine temporairement actions et liquidités, sans ajouter de diversification durable après le dernier versement. Sur douze mois, 54 % du capital est investi en moyenne et 46 % attend en liquidités. Celles-ci ne chutent pas avec les actions, d’où la moindre perte au début du krach. Une décision de diversification durable porte sur le portefeuille achevé : l’étalement garde un amortisseur un an, puis détient le même indice que le placement immédiat.
La poche monétaire a longtemps peu rapporté. De janvier 2001 à octobre 2026, le taux au jour le jour en euros a été de 1,37 % par an en moyenne, négatif d’octobre 2014 à août 2022 ; le 2 novembre 2026, le taux à court terme en euros était de 2,44 %. Une meilleure rémunération resserre un peu l’écart, sur la fraction moyenne de 46 % en liquidités, sans changer la méthode historiquement gagnante en moyenne.
Un amortisseur permanent relève de l’allocation : conserver après la première année une part d’actifs ayant réagi autrement aux baisses. Notre étude de diversification compare les classes concernées et les périodes où elles ont aidé.
Un record justifie-t-il d’attendre ?
Cet échantillon ne donne pas de raison claire d’attendre seulement parce que l’indice est au plus haut. Les 43 départs en euros sur un record se chevauchent ; des fréquences proches ne prouvent pas des probabilités égales. Dans un marché haussier, les records sont fréquents : de janvier 2015 à octobre 2026, 36 % des fins de mois de l’indice de cours MSCI World en euros étaient des records.
Un record peut aussi précéder une longue attente : le sommet d’août 2000 n’a été retrouvé qu’en février 2015. Rien de cela ne prévoit les douze prochains mois. Le constat dit seulement que le record boursier, pris isolément, n’a pas fourni de signal fiable par le passé.
Quand l’étalement peut-il rester pertinent ?
Lorsqu’il vous aide à rester investi. Les 31 % de départs en euros où il gagnait incluent les cas les plus redoutés ; abandonner après une première baisse peut changer bien davantage le résultat que l’écart moyen de prix d’entrée. Distinguez trois situations :
- L’argent nécessaire dans quelques années. Il relève des liquidités ou de l’épargne à court terme, pas d’un calendrier d’achat d’actions.
- Une somme importante par rapport au patrimoine déjà investi. La pire perte de première année porte sur de l’argent que vous n’avez pas encore vu fluctuer, avec un regret plus fort.
- Un calendrier que vous tiendrez. Des dates fixées à l’avance correspondent à notre modèle ; attendre une baisse avant chaque versement revient à tenter de choisir le moment du marché.
En France : choisir l’enveloppe et rémunérer l’attente
Vérifiez l’éligibilité au PEA de l’ETF actions retenu ; tous les fonds MSCI World ne le sont pas (Service-public, PEA). Le rendement monétaire de nos scénarios n’est pas celui du compte espèces non rémunéré du PEA (BOFiP, § 40). Comparez l’attente dans le PEA, un fonds monétaire effectivement éligible ou des liquidités hors plan, avec leurs coûts. Obligations, bons du Trésor américains, options et or ne sont pas directement éligibles.
Que conclut copio ?
Choisissez l’allocation durable avant le calendrier d’entrée. Investir en une fois gagnait dans 68,9 % des fenêtres en euros, mais l’étalement laissait parfois nettement plus de capital après une première année baissière. Une fois le capital investi, les deux méthodes subissent la même exposition au marché. La fréquence historique ne choisit ni votre niveau de risque ni le prochain mauvais départ.
Trois vérifications avant d’investir
- Séparez l’argent selon son usage et sa date. Listez dépenses prévisibles et ressources liquides, puis identifiez le capital de long terme. Appliquez une baisse de 40 % des actions à l’allocation finale et calculez la perte en euros. Si elle impose une vente pour payer des dépenses, revoyez l’allocation avant les dates de versement.
- Comparez les deux entrées après coûts. Notez frais d’achat, rémunération des liquidités et perte possible de première année, avec la même allocation finale et le même horizon. L’écart historique moyen de 3,1 % porte sur la somme initiale ; ce n’est ni un rendement garanti ni un écart relatif permanent de patrimoine de 3,1 %.
- Écrivez le calendrier et la règle qui lui succède. Fixez montants, dates et placement de l’attente avant le premier achat. Définissez la réaction aux hausses et baisses, puis le rééquilibrage du portefeuille achevé. Reporter sans cesse la prochaine tranche constitue une autre stratégie que les calendriers fixes étudiés.
Utilisez le vérificateur de portefeuille pour examiner l’allocation finale de fonds et l’étude des retraits pour ses besoins de financement. Copio propose une analyse pédagogique ; il ne choisit pas d’allocation et ne passe pas d’ordres à votre place.
FAQ
Vaut-il mieux investir en une fois ou progressivement ?
Historiquement, investir immédiatement a plus souvent gagné. Dans le MSCI World en euros, cela a battu douze versements mensuels dans 69 % des 299 départs de décembre 2000 à octobre 2025, avec un avantage moyen de 3,1 % du capital initial. Aux États-Unis depuis 1927, la proportion était de 68 % sur 1 135 départs (calcul copio). Dans l’autre tiers, l’étalement gagnait, parfois de plus de 20 % du capital.
Faut-il attendre quand la Bourse atteint un record ?
Dans cet échantillon, les fréquences de victoire sur un record étaient proches de celles de tous les départs. Depuis 2015, l’investissement immédiat gagnait dans 65 % des 43 départs sur un record mensuel du MSCI World en euros, et dans 69 % des 251 départs sur un record du S&P 500 depuis 1927. Ce sont des observations historiques, pas les chances de gagner durant les douze prochains mois.
Étaler une somme protège-t-il d’un krach ?
Cela réduit l’exposition pendant les versements, mais n’apporte aucune couverture durable après leur fin. Pour un départ en septembre 1929, l’étalement perdait 6,5 % après un an contre 30,7 % pour le placement immédiat, puis 56,4 % après trois ans contre 67,7 %. La moindre perte ne supprimait pas la nécessité de supporter un krach prolongé.
L’investissement progressif est-il une diversification ?
Il associe temporairement actions et liquidités. Pendant le calendrier de douze mois étudié, 54 % du capital était investi en moyenne et 46 % attendait en liquidités. Après le dernier versement, les deux méthodes détiennent le même indice ; le calendrier n’ajoute aucune classe d’actifs diversifiante durable au portefeuille final.
Sur combien de temps étaler une somme ?
Plus l’étalement était long, plus l’investissement immédiat gagnait souvent : dans le MSCI World en euros, 66 % des départs face à six mois, 69 % face à douze et 78 % face à vingt-quatre, de décembre 2000 à 2026 (calcul copio). Un étalement prolongé garde davantage de capital en liquidités plus longtemps. Les données montrent le coût des durées, sans choisir la vôtre.