Les placements qui partagent un même moteur baissent ensemble, et les données montrent que tout se joue sur les moteurs plutôt que sur les étiquettes. Lors des 24 pires mois des actions mondiales entre janvier 2006 et avril 2026, les actions émergentes et européennes ont baissé à chaque fois, les obligations à haut rendement euro 22 fois et les matières premières 21 fois.
L'or a baissé lors de 7 de ces mois et les obligations d'État mondiales couvertes en EUR lors de 8, mais le bilan des obligations s'est dégradé après 2021. Pour un ménage susceptible de devoir vendre pendant une baisse, la question utile n'est pas de savoir combien de fonds il détient, mais lesquels ont historiquement conservé leur valeur les mois où ses actions perdaient le plus.
Ce qu'il faut retenir
- Lors des pires mois des actions mondiales, presque tout ce qui porte un risque de croissance a baissé aussi. En moyenne, 9 des 12 classes d'actifs que nous suivons ont perdu de la valeur lors des 24 pires mois du MSCI World, sur chacun desquels l'indice a perdu 4,1 % ou plus.
- Pour les émergents et le haut rendement, le lien a été nettement plus étroit les mois de baisse que ne l'aurait produit une relation constante. Les actions émergentes ont eu une corrélation de 0,72 avec le MSCI World sur ses mois de baisse, contre 0,61 attendu si la relation avait été constante ; pour les matières premières, les petites capitalisations et les obligations indexées sur l'inflation, l'écart était de 0,04 à 0,06.
- L'or et les obligations d'État de qualité ont fait exception, sous conditions. L'or a gagné 2,1 % en moyenne lors des 24 pires mois ; les obligations d'État ont gagné 0,5 %, mais ont perdu 1,34 % en moyenne les mois de baisse des actions à partir de 2022.
- Une corrélation moyenne faible n'est pas une promesse pour la prochaine baisse. C'est une observation faite sur une période et dans un régime d'inflation donnés, et elle décrit le sens des mouvements de façon plus fiable que leur ampleur.
Que mesure réellement la corrélation ?
La corrélation mesure à quel point deux séries de rendements évoluent régulièrement dans le même sens, sur une échelle de -1 à +1. À +1, elles montent et baissent ensemble ; à 0, il n'existe pas de relation linéaire ; à -1, elles évoluent en sens opposé.
Pour la lire, trois éléments comptent :
- La période. Une corrélation mesurée de 2006 à 2021 peut différer fortement d'une corrélation mesurée après 2022.
- La fréquence. Des rendements mensuels peuvent raconter une autre histoire que des rendements quotidiens ou annuels ; notre étude sur l'horizon de placement montre comment.
- L'ampleur des mouvements. Une corrélation de 0,3 en dit peu sur le fait qu'un actif perde 1 % ou 20 % quand les actions baissent.
Notre guide de la diversification publie la matrice de corrélation complète. Cette étude pose une question plus restreinte : que s'est-il passé les mois qui ont fait mal ?
Nous avons utilisé les rendements totaux mensuels en euros du MSCI World et de 12 classes d'actifs, de janvier 2006 à avril 2026, soit 244 mois au total. Le MSCI World a baissé sur 87 d'entre eux et monté sur 157. Pour chaque classe d'actifs, nous avons calculé :
- sa corrélation avec le MSCI World sur l'ensemble des mois, sur les mois de baisse et sur les mois de hausse ;
- le nombre des 24 pires mois du MSCI World où elle a aussi baissé, et son rendement moyen sur ces mois.
Un piège statistique se présente ici. Ne retenir que des mois volatils tend à relever la corrélation mesurée, et ne retenir qu'un côté de la distribution tend à l'abaisser, même quand rien n'a changé dans la relation. Pour distinguer un vrai changement de cet effet, nous avons aussi calculé la corrélation à laquelle on s'attendrait sur les mois de baisse si les rendements suivaient une loi normale avec la corrélation de l'ensemble de la période, selon la méthode de Boyer, Gibson et Loretan (1999).
Les corrélations pendant les mois de baisse
Source : calcul Copio sur des niveaux d'indices en euros ; données par classe d'actifs (CSV).
| Classe d'actifs | Tous les mois | MSCI World en baisse | MSCI World en hausse | Attendue si constante |
|---|
| Actions émergentes | 0,72 | 0,72 | 0,48 | 0,61 |
| Obligations à haut rendement euro | 0,66 | 0,67 | 0,46 | 0,55 |
| Actions européennes | 0,88 | 0,85 | 0,71 | 0,82 |
| Matières premières | 0,35 | 0,33 | 0,30 | 0,27 |
| Obligations d'entreprises euro | 0,46 | 0,35 | 0,41 | 0,36 |
| Obligations d'État mondiales (couvertes en EUR) | 0,01 | -0,07 | 0,02 | 0,01 |
| Or | -0,09 | -0,02 | -0,03 | -0,07 |
Deux tendances se dégagent.
Les actifs sensibles à la croissance ont été plus étroitement liés aux actions quand celles-ci baissaient que quand elles montaient. La corrélation des actions émergentes a été de 0,72 les mois de baisse et de 0,48 les mois de hausse, soit 0,11 de plus que ce que prévoit une relation constante.
Le haut rendement euro a suivi le même schéma : 0,67 quand les actions baissaient, 0,46 quand elles montaient, 0,12 au-dessus de la valeur à corrélation constante. Cela correspond à un mécanisme simple : lors d'une vague de ventes, le risque de défaut, le risque sur les bénéfices et l'appétit des investisseurs pour le risque se dégradent en même temps, si bien que les actifs dont le prix dépend de ces risques évoluent comme un seul.
Les obligations d'État de qualité, l'or et le monétaire n'ont pas montré un tel resserrement sur l'ensemble de la période. Leurs valeurs observées restent proches des valeurs attendues, à 0,09 près. Les obligations d'entreprises euro se situent entre les deux groupes : une corrélation modérée, sans resserrement supplémentaire.
Ce constat rejoint les travaux académiques sur les marchés d'actions. Longin et Solnik (2001) montrent que la corrélation entre marchés d'actions internationaux augmente dans les marchés baissiers, mais pas dans les marchés haussiers.
Ce qui a baissé lors des 24 pires mois
La corrélation décrit le sens des mouvements sur de nombreux mois. Compter directement les mauvais mois se rapproche davantage de ce que vit un investisseur qui suit son portefeuille.
Source : calcul Copio ; rendements mois par mois lors des 24 pires mois (CSV).
Le MSCI World a perdu 7,1 % en moyenne sur ces 24 mois, de -13,1 % en mars 2020 à -4,1 % en avril 2025. Sur ces mois :
- Chaque région actions que nous suivons a baissé au moins 23 mois sur 24. Détenir des actions américaines, européennes, japonaises et émergentes répartissait le risque qu'une région reste à la traîne pendant des années ; cela ne répartissait pas le risque d'un mauvais mois.
- Le haut rendement euro a baissé 22 fois et perdu 3,5 % en moyenne. Il s'est comporté comme une dose réduite de risque actions.
- L'or a monté lors de 17 des 24 mois et gagné 2,1 % en moyenne. Il a notamment baissé en octobre 2008 (-7,4 %) et en décembre 2015.
- Les obligations d'État ont monté lors de 16 mois et gagné 0,5 % en moyenne. Leurs gains ont été faibles au regard des pertes sur actions qu'elles compensaient.
- Le monétaire euro affiche 9 pertes, toutes minimes. Elles proviennent des taux au jour le jour négatifs de la zone euro entre 2014 et 2022, pas de baisses de prix.
En moyenne, 9,0 des 12 classes d'actifs ont baissé lors de chacun de ces mois ; l'éventail allait de 4 en avril 2025 à la totalité des 12 en décembre 2015. Sur l'ensemble des 87 mois de baisse du MSCI World, au moins 9 des 12 classes ont baissé ensemble dans 36,8 % des cas ; sur les 157 mois de hausse, ce n'est arrivé qu'une seule fois.
L'exception qui a changé après 2021
Les moyennes ci-dessus masquent une rupture.
| Les mois de baisse du MSCI World | 2006 à 2021 (67 mois) | 2022 à avril 2026 (20 mois) |
|---|
| Obligations d'État mondiales (couvertes en EUR) : corrélation avec le MSCI World | -0,19 | 0,29 |
| Obligations d'État mondiales : rendement mensuel moyen | 0,52 % | -1,34 % |
| Obligations d'entreprises euro : rendement mensuel moyen | 0,02 % | -1,37 % |
| Or : rendement mensuel moyen | 1,83 % | 0,86 % |
Source : calcul Copio ; rendements mensuels 2006-2026 (CSV).
De 2006 à 2021, les obligations d'État de qualité ont eu tendance à monter quand les actions baissaient, car la dégradation des perspectives de croissance faisait reculer les taux d'intérêt.
À partir de 2022, l'inflation et la hausse des taux ont été le choc commun, et les obligations ont baissé une bonne partie des mêmes mois que les actions, dont juin (-1,6 %), septembre (-3,4 %) et décembre 2022 (-1,9 %), trois des 24 pires mois pour les actions. Vingt mois forment un échantillon court : la seconde colonne est donc un avertissement plutôt qu'une nouvelle estimation de long terme.
Ce que cela signifie pour un portefeuille
Une perte fait le plus de dégâts lorsqu'elle oblige à vendre. Si les actions baissent et que les actifs que vous comptiez vendre pour une dépense, un apport ou un appel de marge baissent le même mois, la perte devient définitive. C'est la raison concrète de s'intéresser aux lignes qui baissent ensemble, plutôt qu'au nombre de lignes.
Les données limitent aussi ce que la diversification peut promettre. Sur ces 20 ans, aucune classe d'actifs n'a monté lors de chaque mauvais mois, et les plus fiables, l'or et les obligations d'État, ont dégagé de faibles gains moyens et connu elles-mêmes de longues périodes de faiblesse. L'or a mis 24 ans à retrouver en euros son sommet de 1983. En détenir réduit la part d'un portefeuille exposée au même choc ; cela n'empêche pas une perte généralisée.
Les vérifications à faire sur vos propres placements
- Classez vos lignes par moteur. Rangez chaque fonds dans un seul groupe : actions, haut rendement et autres obligations de crédit, obligations d'État, or, monétaire, autres. Fiez-vous à l'indice indiqué dans chaque fiche, pas au nom du fonds.
- Additionnez la part sensible à la croissance. Actions, haut rendement et matières premières ont baissé ensemble lors de la plupart des pires mois. Leur poids cumulé renseigne mieux sur votre exposition à un krach que votre seul poids en actions.
- Consultez les pires mois de vos actifs. Le fichier des 24 pires mois (CSV) donne le rendement de chaque classe d'actifs pour chacun d'eux. Comparez mars 2020 et septembre 2022 : ils n'ont pas touché les mêmes lignes.
- Adossez vos besoins de liquidités à ce qui a tenu. L'argent dont vous pourriez avoir besoin d'ici quelques années a sa place dans des actifs qui n'ont pas baissé avec les actions, et même les obligations d'État ont échoué à ce test en 2022.
- Vérifiez la devise. Tous les chiffres présentés ici sont en euros. Un fonds coté en dollars, ou couvert différemment, peut se comporter autrement le même mois.
Limites de cette analyse
- La fenêtre commence en janvier 2006, premier mois pour lequel toutes les séries sont disponibles ; elle contient donc une crise financière, un choc pandémique et un choc d'inflation.
- Les rendements d'indices excluent les frais des fonds et les impôts. L'indice d'obligations d'État mondiales est couvert en euros ; un fonds obligataire non couvert s'est comporté différemment après 2021.
- Les valeurs attendues supposent des rendements de loi normale, ce qui sous-estime la fréquence des fortes pertes. Elles servent à neutraliser un effet de sélection connu, pas à décrire la distribution réelle.
- Les données mensuelles ne voient pas les mouvements au sein d'un mois, et une corrélation ne dit rien de l'ampleur de la prochaine perte.
- Les mouvements communs passés dépendent du régime économique. Ils ne constituent pas une prévision.
Quelle suite donner à cette lecture ?
Pour passer des mois de baisse aux épisodes complets, consultez l'étude des pertes et récupérations pendant les krachs. L'analyse d'une répartition World et obligations d'État euro permet d'examiner un cas actions-obligations avec ses propres hypothèses. Retrouvez les autres questions sur les crises dans le dossier allocation.
Copio est en bêta privée en Europe, avec un accès anticipé sur demande. Il décompose vos fonds en classes d'actifs et place chacune sur une carte rendement-corrélation comme moteur principal, vrai diversifieur, poids mort ou amortisseur, pour que vous voyiez si vos lignes diffèrent par leur moteur ou seulement par leur étiquette.
Une matrice de corrélation montre quelles lignes évoluent ensemble, et un test de krach montre comment une allocation comme la vôtre aurait traversé les crises passées. Copio fournit une analyse pédagogique, pas un conseil personnalisé ; il ne passe pas d'ordres et ne choisit pas d'allocation à votre place. Le vérificateur de portefeuille gratuit est une première étape.
Cet article est publié à titre informatif et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Notes de recherche et vérification
Recherches vérifiées le 2 novembre 2026.
Actions mondiales : indice MSCI World Net Total Return en EUR (code 990100), niveaux de fin de mois publiés par MSCI.
Autres séries, mensuelles en EUR, issues de l'archive de recherche utilisée dans notre étude sur la diversification : S&P 500 dividendes réinvestis (Yahoo Finance, converti aux cours de la BCE), STOXX Europe 600 net, MSCI Japan IMI net, MSCI Emerging Markets IMI net et MSCI Europe Small Cap net (niveaux MSCI et STOXX, en partie via Curvo),
iBoxx € Liquid High Yield et iBoxx € Liquid Corporates Large Cap, obligations d'État indexées sur l'inflation euro, Bloomberg Commodity 3 Month Forward, or au comptant en EUR et indice Solactive Euro Overnight Return pour le monétaire.
Obligations d'État mondiales : FTSE WGBI Developed couvert en EUR jusqu'en février 2021, puis l'ETF Xtrackers II Global Government Bond UCITS ETF 1C - EUR Hedged, comme documenté dans notre série corrigée (CSV).
Nos calculs : rendements mensuels simples à partir des niveaux de fin de mois, de janvier 2006 à avril 2026 (244 mois) ; corrélation de Pearson ; les 24 pires mois du MSCI World classés par rendement mensuel ; une classe d'actifs « a baissé » lorsque son rendement mensuel était inférieur à zéro.
La corrélation attendue sur les mois de baisse est ρ·√v / √(ρ²·v + 1 − ρ²), où ρ est la corrélation sur l'ensemble de la période et v le rapport entre la variance des rendements du MSCI World sur ses mois de baisse et sa variance sur l'ensemble de la période (Boyer, Gibson et Loretan, 1999).
Notre script de calcul reconstitue chaque chiffre à partir des données sources conservées, répertoriées avec leurs empreintes SHA-256 dans nos notes de recherche.
Téléchargements : résultats par classe d'actifs (CSV), les 24 pires mois (CSV), tous les rendements mensuels (CSV), matrice de corrélation (CSV).
Reproduction libre avec mention de la source : « Copio, calcul sur indices publics ».
FAQ
Que signifie la corrélation entre deux placements ?
La corrélation mesure à quel point les rendements de deux placements évoluent régulièrement dans le même sens, sur une échelle de -1 à +1. Elle se calcule sur une période et à une fréquence données, ici des rendements mensuels en euros de janvier 2006 à avril 2026. Elle décrit un mouvement commun en moyenne ; elle ne dit pas combien l'un ou l'autre placement peut perdre.
Pourquoi des placements différents peuvent-ils baisser en même temps ?
Parce que beaucoup d'entre eux partagent le même moteur. Les actions de toutes les régions, les obligations à haut rendement et les matières premières dépendent toutes de la croissance économique et de l'appétit des investisseurs pour le risque. Lors des 24 pires mois des actions mondiales depuis 2006, les actions émergentes ont baissé 24 fois, les obligations à haut rendement euro 22 fois et les matières premières 21 fois (calcul Copio).
Les corrélations augmentent-elles pendant un krach ?
Pour les actifs risqués, en partie. Mesurée sur les seuls 87 mois de baisse du MSCI World, la corrélation des actions émergentes avec l'indice a été de 0,72, contre 0,61 attendu si la relation était restée constante, et celle du haut rendement euro de 0,67 contre 0,55. Une partie de toute variation apparente est un effet statistique lié à la sélection de mois volatils, que les valeurs attendues corrigent.
Quelles classes d'actifs ont le moins souvent baissé avec les actions ?
L'or a baissé lors de 7 et les obligations d'État mondiales couvertes en EUR lors de 8 des 24 pires mois du MSCI World entre 2006 et avril 2026, avec un gain moyen de 2,1 % et de 0,5 % sur ces mois. Les obligations d'État ont été moins fiables après 2021 : sur les 20 mois de baisse des actions à partir de janvier 2022, elles ont perdu 1,34 % en moyenne.