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Julius Müller

Krachs boursiers : comment chaque classe d'actifs s'est comportée en 2000, 2008, 2020 et 2022

Pertes maximales, durées de récupération et refuges réels de 15 classes d'actifs en euros pendant les krachs de 2000, 2008, 2020 et 2022. Données et méthode.


Pendant un krach, toutes les classes d'actifs ne baissent pas ensemble, mais la liste des refuges change d'un krach à l'autre. Cette étude mesure, en euros, la perte maximale, le rendement sur trois ans et le temps de récupération de 15 classes d'actifs pendant quatre crises : la bulle internet (2000), la crise financière (2008), le Covid (2020) et le choc d'inflation et de taux (2022). Toutes les données sont téléchargeables en fin d'article.

L'essentiel en chiffres

  • Actions : entre -40 % et -67 % dans chacune des deux grandes crises de 2000 et 2008, pour toutes les zones géographiques. Le DAX a perdu 66,7 % entre février 2000 et février 2003.
  • Obligations d'État : -2 % à -3,5 % au pire en 2000 et 2008, puis -21,2 % pour les obligations d'État euro dans le choc des taux de 2020-2022.
  • Or en euros : perte maximale comprise entre 8,8 % et 13,3 % dans les quatre crises, et +82,8 % sur la fenêtre de la crise de 2008.
  • Haut rendement : -34,2 % en 2008. Il se comporte comme des actions.
  • Récupération : 13 ans et 3 mois pour le S&P 500 en euros après le sommet d'août 2000, près de 18 ans pour les actions japonaises, plus de 24 ans pour l'or après son sommet de 1983.

Source des chiffres sans lien : calcul Copio sur séries d'indices publiques, points de fin de mois, en euros. Méthodologie en fin d'article.

Les quatre krachs en un tableau

Perte maximale (du plus haut au plus bas, fins de mois, en euros) et rendement total sur la fenêtre de trois ans de chaque crise.

Classe d'actifsBulle internet (2000-2003)Crise de 2008 (2007-2010)Covid (2020-2023)Choc des taux (2021-2024)
Actions américaines (S&P 500, dividendes réinvestis)-52,5 % / -42,1 %-44,1 % / -16,9 %-18,9 % / +35,4 %-13,0 % / +41,0 %
Actions européennes (STOXX Europe 600)-51,9 % / -50,2 %-53,7 % / -24,5 %-21,6 % / +18,2 %-18,6 % / +12,6 %
Actions françaises (CAC 40 dividendes réinvestis)-56,4 % / -52,6 %-51,7 % / -26,8 %-24,1 % / +31,7 %-17,1 % / +13,1 %
Actions allemandes (DAX)-66,7 % / -66,7 %-52,4 % / -20,8 %-23,7 % / +16,5 %-23,7 % / +25,3 %
Actions japonaises (MSCI Japan IMI)-63,8 % / -60,5 %-39,8 % / -22,9 %-15,6 % / +5,6 %-13,4 % / +17,5 %
Actions émergentes (MSCI EM IMI)-49,1 % / -48,2 %-56,4 % / +1,0 %-21,7 % / +8,9 %-18,6 % / +4,5 %
Obligations d'État euro-2,1 % / +26,8 %-3,5 % / +20,7 %-21,2 % / -17,4 %n.d.
Obligations d'État monde (couvertes EUR)-1,6 % / +27,5 %-2,1 % / +20,2 %-14,8 % / -9,8 %-16,0 % / -9,4 %
Obligations d'entreprises euron.d.-5,0 % / +21,3 %-16,8 % / -12,5 %-15,2 % / -3,8 %
Obligations haut rendement euron.d.-34,2 % / +13,6 %-15,0 % / -2,4 %-13,6 % / +8,2 %
Obligations indexées sur l'inflation euron.d.-6,4 % / +18,6 %-12,2 % / -1,2 %-12,2 % / -4,2 %
Or (en euros)-10,5 % / +6,6 %-12,5 % / +82,8 %-13,3 % / +23,9 %-8,8 % / +56,4 %
Matières premières-16,7 % / +27,4 %-40,3 % / -2,7 %-13,3 % / +80,5 %-18,4 % / +28,9 %
Monétaire euro0,0 % / +12,6 %0,0 % / +6,2 %-1,2 % / -0,7 %-0,3 % / +7,5 %
Immobilier coté (FTSE EPRA Nareit Developed)n.d.n.d.n.d.-25,7 % / -6,1 %

Lecture : perte maximale / rendement total sur la fenêtre. n.d. : série non disponible sur la fenêtre. Fenêtres : février 2000 - février 2003, septembre 2007 - septembre 2010, janvier 2020 - janvier 2023, décembre 2021 - décembre 2024. Les fenêtres étant fixes, certaines baisses se poursuivent au-delà (mesuré depuis son sommet d'août 2000, le S&P 500 en euros n'a touché son point bas qu'en février 2009, à -60,2 %).

2008 contre 2022 : deux krachs, deux listes de refuges

Perte maximale en euros par classe d'actifs pendant la crise de 2008 et le choc des taux de 2022 : les obligations d'État perdent 2 à 3,5 % en 2008 mais 17 à 21 % en 2022, les actions perdent 44 à 56 % en 2008 et 13 à 22 % en 2022, l'or perd 12,5 % puis 8,8 %

Le graphique mesure le choc de taux de décembre 2020 à décembre 2024, ou à la fin de chaque série disponible. Cela inclut les sommets obligataires antérieurs à 2022. Le tableau ci-dessus utilise décembre 2021 à décembre 2024 : certaines pertes maximales diffèrent donc.

La différence tient à la cause du krach :

  • Krach de croissance (2000, 2008) : les bénéfices et l'emploi reculent, les banques centrales baissent leurs taux, les prix des obligations d'État montent. Les obligations d'État et le monétaire protègent. Tout ce qui dépend de la santé des entreprises baisse : actions, haut rendement, matières premières.
  • Krach d'inflation (2022) : les banques centrales remontent brutalement leurs taux. Actions et obligations baissent ensemble. Les obligations d'État euro ont perdu 21,2 % entre décembre 2020 et décembre 2022, et les obligations d'État mondiales couvertes n'avaient toujours pas retrouvé leur sommet de novembre 2021 à la fin avril 2026.

Ce basculement correspond au changement de signe de la corrélation entre actions et obligations, analysé dans notre article sur la diversification.

Combien de temps pour retrouver son sommet ?

Pire baisse de chaque classe d'actifs sur tout l'historique disponible, en euros, et temps passé sous le sommet précédent.

Classe d'actifs (historique)Pire baisseSommetPoint basSommet retrouvéDurée sous le sommet
Or en euros (1970-2026)-54,0 %janvier 1983juillet 1999septembre 200724 ans et 8 mois
Actions japonaises (1994-2026)-66,2 %mars 2000mai 2003février 201817 ans et 11 mois
Actions monde, hors dividendes (1999-2026)-60,0 %août 2000février 2009février 201514 ans et 6 mois
Matières premières (1991-2026)-45,0 %juin 2008mars 2020février 202213 ans et 8 mois
S&P 500, dividendes réinvestis (1999-2026)-60,2 %août 2000février 2009novembre 201313 ans et 3 mois
Actions émergentes (1994-2026)-59,2 %juillet 1997septembre 1998septembre 20058 ans et 2 mois
Actions allemandes, DAX (1999-2026)-68,3 %février 2000mars 2003mai 20077 ans et 3 mois
Actions européennes, STOXX 600 (1987-2026)-54,3 %mai 2007février 2009décembre 20136 ans et 7 mois
Actions françaises, CAC 40 dividendes réinvestis (1991-2026)-58,5 %août 2000mars 2003janvier 20076 ans et 5 mois
Obligations haut rendement euro (2006-2026)-35,5 %mai 2007décembre 2008janvier 20102 ans et 8 mois
Obligations d'État euro (1999-2023)-21,2 %décembre 2020décembre 2022non retrouvé en janvier 2023, fin de la sérieplus de 2 ans
Obligations d'État monde couvertes EUR (1985-2026)-17,5 %novembre 2021octobre 2023non retrouvé en avril 2026plus de 4 ans

Deux constats. Les actions en euros ont connu des traversées du désert de 13 à 18 ans quand le krach partait de valorisations extrêmes (bulle internet, Japon). Et l'or, souvent présenté comme la valeur refuge absolue, détient le record de la plus longue traversée du désert de ce tableau.

Pour un investisseur en euros, la devise compte aussi : le dollar a perdu du terrain face à l'euro entre 2002 et 2008, ce qui a allongé la récupération des actions américaines mesurée en euros.

Les grands krachs américains depuis 1929

Pour situer les crises récentes dans l'histoire longue, voici les grands marchés baissiers du S&P 500, en cours de clôture et en dollars, d'après Yardeni Research.

KrachSommetPoint basBaisse du S&P 500
Grande Dépressionseptembre 1929juin 1932environ -86 %
Choc pétrolierjanvier 1973octobre 1974-48,2 %
Krach de 1987août 1987décembre 1987-33,5 %
Bulle internetmars 2000octobre 2002-49,1 %
Crise financièreoctobre 2007mars 2009-56,8 %
Covidfévrier 2020mars 2020-33,9 %
Choc des tauxjanvier 2022octobre 2022-25,4 %

Le chiffre de 1929-1932 est calculé à partir des cours publiés par Yardeni (31,92 le 7 septembre 1929, 4,40 le 1er juin 1932). Pour le Dow Jones, la Federal Reserve History indique une baisse de 89 % jusqu'à l'été 1932 et un retour au sommet en novembre 1954. Le 19 octobre 1987, le Dow Jones a perdu 22,6 % en une seule séance, selon la Federal Reserve History.

L'asymétrie des pertes

Une perte exige toujours un gain plus grand pour être compensée.

PerteGain nécessaire pour revenir au point de départExemple
-10 %+11,1 %Correction ordinaire
-25,4 %+34,0 %S&P 500 en 2022
-33,9 %+51,3 %S&P 500, Covid 2020
-50 %+100 %
-56,8 %+131,5 %S&P 500, 2007-2009
-86 %+614 %S&P 500, 1929-1932

C'est pour cette raison qu'un portefeuille de long terme se juge aussi à sa perte potentielle, pas seulement à son rendement. Une perte que l'on peut encaisser sans vendre au plus bas laisse la possibilité d'une récupération, mais celle-ci n'est jamais garantie. Une perte qui pousse à vendre devient réalisée.

Ce que ces données enseignent pour construire un portefeuille

  1. Il n'existe pas de refuge universel. Les obligations d'État protègent des krachs de croissance, pas des krachs d'inflation. Un portefeuille robuste combine plusieurs protections : obligations d'État, or, monétaire.
  2. La géographie ne protège pas d'un krach actions. En 2008, toutes les zones ont perdu entre 40 % et 57 %.
  3. Le haut rendement et l'immobilier coté sont des actifs de croissance. -34,2 % et -25,7 % dans leurs pires fenêtres.
  4. Le vrai risque est la durée, pas seulement la profondeur. 13 ans sous l'eau pour le S&P 500 en euros : c'est l'horizon qu'il faut pouvoir tenir sans vendre.
  5. Les investisseurs les plus patients rachètent pendant les krachs. Le fonds souverain néo-zélandais estime qu'il perdrait 52,6 % dans une répétition de la crise de 2008 et a racheté des actions pendant les krachs de 2008 et 2020 : voir comment les fonds souverains allouent leur argent sur le long terme. Pour les stratégies qui limitent directement la perte maximale, voir ce que disent les données sur la protection par options put.

Méthodologie et données

  • Données : indices publics en points de fin de mois, convertis en euros aux cours de référence de la BCE lorsque nécessaire. S&P 500 Total Return et MSCI ACWI hors dividendes (Yahoo Finance), DAX (Yahoo Finance), STOXX Europe 600 net, CAC 40 dividendes bruts réinvestis, MSCI Japan IMI et MSCI Emerging Markets IMI nets, iBoxx € Sovereigns, FTSE World Government Bond Index Developed couvert en euros, iBoxx € Liquid Corporates et Liquid High Yield, Bloomberg Euro Government Inflation-Linked, or au comptant en euros, Bloomberg Commodity Index 3 Month Forward (via Curvo), EONIA et €STR (BCE), FTSE EPRA Nareit Developed (EPRA).
  • Perte maximale : plus forte baisse entre un plus haut et un plus bas ultérieur, sur des points de fin de mois. Les baisses intra-mensuelles sont plus fortes : le S&P 500 a par exemple perdu 33,9 % en dollars entre le 19 février et le 23 mars 2020, contre 18,9 % en euros et en fin de mois.
  • Fenêtres de crise : fixées à trois ans avant l'analyse des résultats.
  • Limites : les historiques en euros antérieurs à 1999 sont reconstitués par les fournisseurs de données. Aucun frais de fonds n'est déduit. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
  • Téléchargements : pertes par classe d'actifs et par crise (CSV), pires baisses historiques et durées de récupération (CSV).

Données au 23 septembre 2026. Reproduction libre avec mention de la source : « Copio, calcul sur indices publics ».

Cet article est publié à titre informatif et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

FAQ

Combien de temps faut-il pour se remettre d'un krach boursier ?

De quelques mois à plusieurs décennies. En euros, dividendes réinvestis, le S&P 500 a mis 13 ans et 3 mois (août 2000 - novembre 2013) à retrouver son sommet de la bulle internet, et les actions japonaises près de 18 ans (mars 2000 - février 2018). Après le krach du Covid, le S&P 500 a retrouvé son sommet en moins de 6 mois (19 février - 10 août 2020, en dollars). Le Dow Jones a mis 25 ans, jusqu'en novembre 1954, à retrouver son sommet de 1929, selon la Federal Reserve History (calculs Copio sur indices publics).

Quel placement résiste le mieux à un krach ?

Cela dépend du type de krach. Dans les krachs de croissance (2000, 2008), les obligations d'État ont servi de refuge : -3,5 % au pire pour les obligations d'État euro en 2008, contre -53,7 % pour les actions européennes. Dans le krach inflationniste de 2022, elles ont perdu 21,2 %. L'or en euros est la seule classe d'actifs dont la perte maximale est restée comprise entre 8,8 et 13,3 % dans les quatre fenêtres de crise, et le monétaire n'a pas perdu plus de 1,2 % dans ces quatre fenêtres. Sur tout son historique disponible, sa perte maximale a été de 2,8 %.

Les obligations protègent-elles d'un krach ?

Pas toujours. Les obligations d'État protègent quand le krach vient d'un choc de croissance et que les banques centrales baissent leurs taux, comme en 2000 et en 2008. Elles ne protègent pas quand le krach vient de l'inflation et de la hausse des taux, comme en 2022. Les obligations à haut rendement n'ont pas servi de refuge dans les crises étudiées : -34,2 % en 2008.

Quelle a été la pire baisse de la bourse ?

Aux États-Unis, la baisse de 1929-1932 : -89 % pour le Dow Jones selon la Federal Reserve History, environ -86 % pour le S&P 500 d'après les cours publiés par Yardeni Research. Depuis 1945, la pire baisse du S&P 500 est celle de 2007-2009 : -56,8 %. Le pire jour reste le 19 octobre 1987 : -22,6 % pour le Dow Jones.

Combien faut-il gagner pour compenser une perte de 50 % ?

100 %. Une perte de 20 % exige un gain de 25 % pour revenir au point de départ, une perte de 33,9 % (Covid, 2020) un gain de 51,3 %, une perte de 56,8 % (2007-2009) un gain de 131,5 %. C'est pour cette asymétrie que réduire les grosses pertes compte davantage, à long terme, que capter tous les gains.